taro a écrit :Là, l'enregistement a vrai un sens à mes yeux. et du coup de moins en moins celui d'un travail de "studio" où tout doit être poudré, cosmétisé, maquillé, lifté, aseptisé, mis en boîte — de conserve — qui veut dire ce que ça veut dire… le studio, c'est comme un immense congélateur !

Mouais...
Mouais mouais mouais... Si on veut, pour quoi pas. Moi je dirais plutôt : l'enregistrement en studio, ça peut être vécu/perçu par les artistes/le public comme une dénaturation/aseptisation de la « vraie » musique. Mais de là à affirmer que la vraie musique c'est l'instant, et que l'enregistrement ne vaut que comme fixation de l'instant...
Prenons le cinéma par exemple : je sais bien qu'il doit y avoir quelques contre-exemples, mais globalement il est très difficile de concevoir un film comme la fixation d'un instant. Il faut généralement plusieurs instants (que l'on va plus ou moins scénariser, fabriquer, mettre en scène, truquer), et une fois que l'on a enregistré ces instants, il reste tout un travail de montage pour obtenir une oeuvre. Même pour un film Dogme 95.
Alors quoi, le cinéma c'est un art du trucage, tandis que la musique serait un art de l'authenticité ? À mon sens, rien n'empêche de faire du cinéma en mettant en avant « l'authenticité » (même si ça veut pas dire grand chose, mais ça donne une ligne directrice pour construire des trucs), ou de faire de la musique « truquée ». Après, libre à chacun de dire ce qu'il aime ou pas, et de promouvoir une forme de création plutôt qu'une autre.
Tiens, ça me fait penser à la littérature, qui est un art frigorifié (pour reprendre l'image de taro) par excellence : parce que bon, un livre, c'est des mots, du langage, et que « normalement » le langage c'est un machin qui utilise un système des cordes vocales, des bouches, de l'air, des oreilles, des tympans, ce genre de conneries, et pas du papier et des yeux (et puis quoi encore ?).
Ou alors, peut-être que la fixation et le remaniement permettent des choses que l'instant (capté ou pas) ne permettent pas, et inversement ?
Tant que j'y suis et pour finir, ce petit témoignage de taro (qui n'avait sans doute pas de vocation généralisatrice, mais je me suis permis de rebondir dessus) me rappelle encore l'atelier d'écriture de mon lycée, quand j'avais 17 ans (donc ya pas si longtemps, pour tout dire), où on nous avait suggéré d'écrire un machin sur « Qu'est-ce que l'écriture ? » (ou une question du genre). Pour nous inspirer un peu, il y avait quelques textes de machin ou de bidule (des écrivains et écrivaines, donc) qui proclamaient « Écrire c'est comme hurler sous les miroirs des relents du temps tout en dansant la lambada » (je cite pas de mémoire, car j'en ai peu, mais ça donne une idée). Non, plus sérieusement, il y avait des trucs très sympa et tout, mais au final c'est un peu ridicule tous ces ressentis personnels extrapolés en définitions catégoriques. Mais bon, au moins ça sert à créer des courants artistiques, donc c'est déjà ça de pris.
Pour l'anecdote, j'ai rien écrit sur l'écriture ce jour là (et j'ai arrêté d'écrire des nouvelles à peu près à ce moment là : quand je me suis rendu compte que je n'avais pas de fiction personnelle pour motiver ma « plume »... mais là je sur-interprète un peu pour les besoins de la cause).
Ah tiens, je me rends compte que j'ai oublié de parler des statistiques, que tous les artistes s'accordent à décrire comme étant « froides ». Genre : l'analyse statistique ça fait des « moyennes », ça gomme les nuances, etc. Alors que 1) c'est pas les chiffres qui gomment les nuances, c'est l'exploitation qu'on peut en faire (surtout quand on sait pas analyser des résultats statistiques) et 2) la dernière fois que je me suis retrouvé face à des statistiques, j'ai trouvé ça super chaud à comprendre. Et si c'est chaud, c'est pas froid. CQFD.
Sur ce, je vous laisse, et mes excuses à Nitrom pour le polluage de sujet.