salut thiasmine
bon
ma réaction au texte était épidermique.. Je ne l'aurais jamais lu probablement, vu que je désespère de ce qui est en général produit par l'IRMA au sujet des "artistes", si aysik n'avait pas invité les lectuers de dogmazic à la lire. Je voulais juste dire à ces lecteurs : attention, ceci n'est qu'une vision de la réalité, pas la seule. Après j'ai eu des mots malheureux parce que je suis très con. Mais du coup, tu viens nous causer ici, hé bien j'imagine que c'est tant mieux.
Bituur rappelle la période du foruma, je me souviens très bien d'avoir publié dans le forum qui avait été monté à cette occasion, et d'avoir rencontré un gars de l'IRMA plus qu'intéressé à notre point de vue.. Malheureusement, ce type là ne fait plus partie des meubles à l'IRMA si j'ai bien compris, et c'est dommage (c'est grâce à lui que certains de mes textes ont été publiés sur l'IRMA)
J'ai relu ton article avec soin donc. Le problème n'est pas que l'article soit fameux ou pas, mais qu'il reprenne globalement les divisions conceptuelles sempiternelles produites par un certain discours (ce que j'appelle un discours d'experts) qui circule depuis disons les années 80 et le ministère Lang. On n'est qelques uns à essayer de faire bouger les choses intellectuellement (au nom d'une expérience quand même, je pense au fameux docteur Kasimir Bisou dont tu as certainement lu la prose, aka mister Lucas)
Je ne nie pas que ces vocabulaires aient pu à une certaine époque permis de soutenir pas mal de musiciens. ET encore aujourd'hui dans certaines régions (par exemple là où je vis , dans le Cantal où les artistes semblent ne pas pouvoir penser leur activité en dehors des catégories déterminées par l'administration des musiques actuelles).
Mais..
Il y a dans cet usage non-réfléchi, non remis-en-cause de ces catégories toutes faites un effet pervers
Quand j'avais écrit amateurs vs professionnels (qui est un travail baclé mais qui comporte tout de même des idées et une énergie intéressantes), j'étais très en colère à cause justement d'un de ces effets pervers : j'ai voulu démontrer que c'était précisément à cause d'un usage mécanique de ces catégories (amateurs, professionnels, et l'horrible "artiste en voie de professionalisation", et hop tout le monde dans ces tiroirs.. ) qu'on pouvait imaginer un truc aussi liberticide et aussi catastrophique pour la créativité que la loi sur la révision du decret sur le spectacle amateur (laquelle va bien ressurgir un jour des cartons, je le crains)
Bref, je pars de la croyance que ces divisions conceptuelles que tu reproduis (malgré quelques nuances) ont des conséquences dans la réalité: 1° elles contribuent à nous empêcher de penser les singularités (elles en rendent l'accès et l'observation quasiment impossibles, font qu'on passe à côté de tas de choses intéressantes), et 2° elles autorisent des solutions apparemment logiques mais fondées sur une vision caraicaturale des choses. Bref, là comme ailleurs, on généralise trop vite -(mais bon je suis un disciple de Wittgenstein et d'Austin, alors forcément, je me méfie des généralisations en général, surtout quand elles justifient non seulement les discours et les actes, mais l'existence même d'une institution.. Ma position est qu'on devrait changer de langage et donc supprimer ces institutions, comme je l'ai écrit dans amateurs vs pro.. donc que tu perdes ton job.. je conçois que ce ne soit pas très populaire de ton point de vue
C'était aussi pour faire réfléchir les artistes eux-mêmes qui se pensent souvent dans ces catégories toutes faites, imprégnés qu'ils sont du discours dominant.
J'ai eu l'occasion aussi de suivre des formations organisées par l'IRMA à destination des fameux artistes en voie de professionalisation : j'appelle ça de la propagande. J'espère qu'aujourd'hui (c'est-à-dire depuis deux ans) les choses ont évolué et que les formateurs prennent la peine d'inscrire un nouveau chapitre consacré à la possibilité d'utiliser les licences libres, plutôt que de faire de la propagande pour la sacem et le marketing musical (je me souviens de ce mec de l'IRMA déclarant convaincu à ses auditeurs : pour réussir il faut la gnakk ! faut être un battant, savoir se vendre ! etc.. ce modèle du petit soldat héroïque capitaliste traqnsposé aux destins des artistes, hé bien c'est ce contre quoi je lutte de toutes mes forces. Non pas que je considère a priori que ce soit mal. Mais parce que je ne vois pas pourquoi un artiste devrait forcément avoir l'âme d'un petit chef d'entreprise. ET qu'il y a des alternatives pour les rêveurs et les poètes, les marginaux, les révoltés, les anti-marketing, les gens qui font de la recherche musicale hors marché, les improvisateurs, les experimentateurs, les explorateurs désintéressés, et ça me parait important de décrire ces alaternatives aussi. Nous passons notre temps ici à essayer de casser ces catégories toutes faites.. )
Bon je passerai sur la remarque ad hominem (dana hilliot etc.. résumer dh à 2/3 concerts par an, c'est un peu réducteur quand même

il me semble que j'ai fait pas mal de choses plus pour les autres que pour moi d'ailleurs ces huit dernières années, je suis ce que Marc perrenoud appelle à un moment de son interview un "pluridisciplinaire" mais bon..). On va dire que je l'ai bien mérité puisque je t'ai affublé du vocable "tâcheron", et j'e suis désolé.
Oublie dana hilliot et j'oublierai sans problème tacheron, dans la mesure où tu te considères toi-même comme un militant au sein de l'IRMA.
et on pourra causer à partir de là.