Re: sur: Jamendo, économie, modèles, diffusion, musicologie etc
Publié : 05 juil. 2007, 16:23
Je réponds à nouveau à psychoslave (Bituur, j'ai bien lu ton post, je ne te snobe pas, mais il est plus commode de répondre à celui qui affiche la position la plus tranchée).
A propos de la "liberté d'expression" dont tu sembles un farouche défenseur, il conviendrait, là-aussi, de définir le mot "expression". Un artiste "s'exprime", si tu veux. Pas un publicitaire. Qu'un artiste s'exprime en samplant, remixant ou reprenant un de mes morceaux, relève effectivement d'une certaine liberté d'expression. C'est pourquoi je ne mets pas de clause ND sur ma musique. Je suis même le premier à râler contre la "propriété intellectuelle" qui m'interdit le moindre sample de musique soumise au copyright ou au droit d'auteur intégral (sauf à obtenir des autorisations d'ayant-droits difficiles à identifier ou à joindre), même si je ne tire moi-même aucun profit de cette utilisation. En même temps, je comprends aussi le point de vue de l'artiste (comme dans l'exemple donné par dana) qui, pour des raisons qui lui sont propres, refuse que son oeuvre soit modifiée ou détournée d'un certain contexte. Le mieux est de laisser l'artiste libre de son choix, à moins que ta notion de la liberté soit à sens unique ?
Plus globalement, ta conception du libre contre les clauses NC et ND me semble rejoindre bizarrement les conceptions défendues par la SACEM. J'ai peur de ne pas être très clair là-dessus car c'est une sensation que j'ai du mal à m'expliquer. Mais bon, comprenne qui pourra : d'un côté, la SACEM ne conçoit pas les oeuvres musicales comme pouvant être autre chose que des marchandises, les auteurs (et éditeurs dont on se demande ce qu'ils viennent faire là) n'étant que des "fabriquants" qu'on rétribue en fonction de la valeur marchande du produit qu'ils ont fabriqué, valeur fixée par le marché ; de l'autre côté, les partisans du tout LAL-copyleft conçoivent l'oeuvre musicale comme un objet sur lequel le "public" a tous les droits. Dans les deux cas, l'oeuvre est arrachée à la démarche artistique qui lui a donné naissance et le lien oeuvre-auteur est rompu. Que ce soit le "marché" ou le "public", l'oeuvre devient un objet séparé de son sujet. Or, selon moi, créer de la musique (même si toute création tient du plagiat, ce n'est pas le problème), c'est autre chose que de lâcher un étron dans la cuvette : "l'objet" musical qu'on sort de soi ne devient pas un corps étranger ; même s'il s'autonomise un peu en devenant public, il contient toujours une part du sujet qui l'a créé. Je ne sais si c'est pertinent, mais j'emploierai volontiers la métaphore de la procréation par opposition à celle de la défécation. Ce que tu chies ne fait plus partie de toi et peut être recyclé sans que tu t'en soucies. Le "bébé" auquel tu donnes naissance peut grandir, prendre son indépendance, avoir sa vie propre, ses gènes ne sont pas seulement les tiens, mais ce n'est pas une génération spontanée : il reste un lien indéfectible que ni le "marché" ni le "public" n'ont le droit de trancher.
Je n'ai pas tellement envie de faire l'effort d'informer des gens dont je méprise l'activité. Je les informe suffisamment avec la clause NC, et la "liberté" du publicitaire m'importe peu, je dois l'avouer. En dehors de la portée réelle de la chose, le "pas d'utilisation commerciale" est mon petit bras d'honneur adressé aux marchands : ici, il n'y a rien à vendre, allez voir ailleurs si j'y suis.psychoslave a écrit :
Dans ce cas, ce qu'il faut c'est pas leur interdire des trucs, mais mieux les informer.
Ne fréquentant pas vraiment ce milieu, je ne peux faire que des conjectures. Mais j'ai cru comprendre qu'une des lois du marketing publicitaire était : "qu'on en parle en bien ou en mal, l'essentiel est qu'on en parle". Il y a eu une mode des fausses pubs se moquant des vraies en les parodiant ou même en les détournant. Les publicitaires ont bien souvent laissé faire : à mon avis, ce n'était pas par amour de la liberté d'expression, mais parce que toute fausse pub fait en quelque sorte la pub de la vraie pub, donc indirectement la pub du produit concerné, même s'il en ternit apparemment l'image. Cet exemple me laisse penser qu'une pub sous copyleft n'est pas a priori quelque chose d'impensable.Sinon le client qui en à rien a foutre que sa pub puisse être repris et modifier puis republier, pour faire dire à cette pub tout et son inverse, est-ce que ça existe seulement? Tu as des exemples concrets de tels boites de com' et de clients?
Je te retourne ta question précédente : connais-tu des exemples ? Les musiciens sous licence de libre diffusion, qui n'ont pas derrière eux les services juridiques d'une SACEM, ont-ils les reins assez solides pour attaquer une boîte de pub au pénal ?
le gars qui distribue sa musique sous une licence copyleft le fait effectivement avec l'état d'esprit que tu décris. Il peut tout aussi bien attaquer la boite en pénal, ce qui fera bien comprendre une bonne fois pour toutes à ces grosses boites que licence copylelt, c'est différent de gratuit.
A propos de la "liberté d'expression" dont tu sembles un farouche défenseur, il conviendrait, là-aussi, de définir le mot "expression". Un artiste "s'exprime", si tu veux. Pas un publicitaire. Qu'un artiste s'exprime en samplant, remixant ou reprenant un de mes morceaux, relève effectivement d'une certaine liberté d'expression. C'est pourquoi je ne mets pas de clause ND sur ma musique. Je suis même le premier à râler contre la "propriété intellectuelle" qui m'interdit le moindre sample de musique soumise au copyright ou au droit d'auteur intégral (sauf à obtenir des autorisations d'ayant-droits difficiles à identifier ou à joindre), même si je ne tire moi-même aucun profit de cette utilisation. En même temps, je comprends aussi le point de vue de l'artiste (comme dans l'exemple donné par dana) qui, pour des raisons qui lui sont propres, refuse que son oeuvre soit modifiée ou détournée d'un certain contexte. Le mieux est de laisser l'artiste libre de son choix, à moins que ta notion de la liberté soit à sens unique ?
Plus globalement, ta conception du libre contre les clauses NC et ND me semble rejoindre bizarrement les conceptions défendues par la SACEM. J'ai peur de ne pas être très clair là-dessus car c'est une sensation que j'ai du mal à m'expliquer. Mais bon, comprenne qui pourra : d'un côté, la SACEM ne conçoit pas les oeuvres musicales comme pouvant être autre chose que des marchandises, les auteurs (et éditeurs dont on se demande ce qu'ils viennent faire là) n'étant que des "fabriquants" qu'on rétribue en fonction de la valeur marchande du produit qu'ils ont fabriqué, valeur fixée par le marché ; de l'autre côté, les partisans du tout LAL-copyleft conçoivent l'oeuvre musicale comme un objet sur lequel le "public" a tous les droits. Dans les deux cas, l'oeuvre est arrachée à la démarche artistique qui lui a donné naissance et le lien oeuvre-auteur est rompu. Que ce soit le "marché" ou le "public", l'oeuvre devient un objet séparé de son sujet. Or, selon moi, créer de la musique (même si toute création tient du plagiat, ce n'est pas le problème), c'est autre chose que de lâcher un étron dans la cuvette : "l'objet" musical qu'on sort de soi ne devient pas un corps étranger ; même s'il s'autonomise un peu en devenant public, il contient toujours une part du sujet qui l'a créé. Je ne sais si c'est pertinent, mais j'emploierai volontiers la métaphore de la procréation par opposition à celle de la défécation. Ce que tu chies ne fait plus partie de toi et peut être recyclé sans que tu t'en soucies. Le "bébé" auquel tu donnes naissance peut grandir, prendre son indépendance, avoir sa vie propre, ses gènes ne sont pas seulement les tiens, mais ce n'est pas une génération spontanée : il reste un lien indéfectible que ni le "marché" ni le "public" n'ont le droit de trancher.